Les animaux de compagnie

Publisher: 
Place: 
Paris
Year: 
2004


The novel Gæludýrin (The Pets), from 2001, in a French translation by Róbert Guillemette.



An excerpt from the novel was also published in the book Islande de glace et de feu. Les nouveaux courants de la littérature islandaise in Catherine Eyjólfsson´s French translation.



About the book:



Emil S. Halldórsson, jeune trentenaire islandais, reçoit la visite importune d´Hávardur, un ami au tempérament imprévisible. Peu désireux de lui ouvrir, il se cache immédiatement en reconnaissant l´étrange personnage qu´il n´a pas revu depuis l´époque où ils avaient gardé ensemble une maison à Londres. Les animaux de compagnie sur qui ils étaient censés veiller avaient été retrouvés massacrés les uns après les autres…



Lorsque le visiteur incongru parvient malgré tout à entrer par la fenêtre, Emil, pris de panique, se cache sous son lit. Depuis son refuge, il assiste alors au spectacle d´une soirée trés mouvementée qui dégénére sous son propre toit.



D´un humour noir exquis, ce roman évoque à merveille le dilemme de celui qui fuit : l´absence de danger va de pair avec le plus horrible sentiment d´impuissance. 



From the book:



On aurait pu croire que la barrière allait se casser quand il l’ouvrit d’un vigoureux coup de pied. Il s‘arrêta sur le trottoir; regarda à droite et à gauche. Il faisait un froid de canard, et il rajusta son capuchon. Il se retourna vivement en entendant le voisin, un homme entre deux âges coiffè d’un bonnet de laine, qui tapait du pied avant de rentrer chez lui pour dètacher la neige de ses grosses chaussures. Puis il s’engagea dans Grettisgata dans la direction du centre-ville. Quatre voitures descendirent Frakkatìgur l’une après l’autre avant de s’engager dans Grettisgata. La dernière dèrapa en prenant son tournant, le train arrière monta sur le trottoir et faillit emboutir le mur d’une maisons. Il hâte le pas, mais avec circonspection, car ses souliers n’avaient aucune prise: des souliers du dimanche dont les pointes effilèes s’èchappaient à l’extrèmitè d’un long jean èlimè.



Au coin de Klapparstìgur et de Grettisgata il vit quelques ècoliers groupès devant la vitrine d’un antiquaire, de l’autre côtè de la rue. Il s’arrêta quelques instants au carrefour et examina les gamins en claquant des talons pour en chasser la neige. Puis il commenca à descendre dans Klapparstìgur et faillit tomber à la renverse dès les premiers pas sur le trottoir verglacè. Il fit une pause et regarda autour de lui avant de continuer son chemin. Dans Laugavegur, la rue commercante, les voitures semblaient rouler au ralenti. Au coin du trottoir, trois jeunes femmes attendaient de pouvoir traverser. Lui se faufila entre deux voitures et traversa la chaussèe glacèe de Klapparstìgur en exècutant une glissande jusqu’au trottoir opposè, où il s’engouffra dans un petit bistrot.



Du dehors, rien ne laissait supposer l’existence d’un fonds de commerce, on aurait plutôt dit une cabane de pêcheur ou une vieille maison de campagne. L’enseigne avait même perdu le nom qu’elle n’avait peut-être jamais portè.



Il n’y avait personne à l’intèrieur, exceptè une serveuse d’une vingtaine d’annèes, debout devant un tableau noir accrochè au mur à gauche du comptoir. Elle ècrivait le menu du jour qu’elle semblait improviser au fur et à mesure. Il se dirigea vers une table dans le coin près de la fenêtre et posa son sac plastique minable avant de s’asseoir. La fille cessa d’ècrire et se retourna pour voir qui venait d’entrer ; une idèe sembla alors lui traverser l’esprit et elle se remit à ècrire. Il faisait bon dans ce bar. Une odeur de cuisine flottait dans l’air.



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